ÉDITORIAL – ISRAËL ACTUALITÉS
UEJF : AU NOM DE QUI PARLEZ-VOUS ?
Congrès du Rassemblement national à Orléans : quand certains prétendent parler au nom de tous les Juifs de France.
Par Alain SAYADA – Directeur de la Publication d’Israël Actualités
J’avoue avoir été particulièrement surpris en apprenant que des militants de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) auraient participé aux perturbations du rassemblement du Rassemblement national organisé ce week-end à Orléans.

Je m’attendais, comme beaucoup, à voir surgir des militants issus de l’extrême gauche. Mais apprendre que des représentants de l’UEJF étaient impliqués dans cette contestation m’a laissé stupéfait.
Et aujourd’hui, je souhaite leur adresser un message clair :
Messieurs les responsables de l’UEJF, vous ne représentez pas tous les Juifs de France !
Vous avez parfaitement le droit d’avoir vos convictions politiques, vos engagements et vos préférences partisanes. C’est même l’essence de notre démocratie.
Mais de grâce, cessez de laisser penser que vos positions seraient celles de toute une communauté !
Les Juifs de France sont des citoyens libres, responsables, capables de réfléchir et de choisir eux-mêmes leur avenir politique. Ils n’ont besoin d’aucune organisation pour leur dicter ce qu’ils doivent penser, encore moins pour décider à leur place de ce qui serait moralement acceptable dans l’isoloir.
UNE COMMUNAUTÉ QUI N’OUBLIE PAS
Depuis plusieurs années, notre communauté traverse une période particulièrement douloureuse.
L’antisémitisme s’est installé dans notre quotidien. Il s’exprime dans les rues, sur les réseaux sociaux, dans les universités et parfois jusque dans les discours politiques.
Comment oublier Ilan Halimi ? Comment oublier les enfants et l’enseignant assassinés à Toulouse ? Comment oublier l’Hyper Cacher, Sarah Halimi, Mireille Knoll et toutes ces victimes dont le seul tort était d’être juives ?
Comment oublier également les attaques visant nos compatriotes chrétiens, notamment l’assassinat du père Jacques Hamel et d’autres….?
Ces drames appartiennent à la mémoire de notre pays. Ils ne doivent jamais être relégués au second plan.
J’ai également du mal à oublier l’absence du président Emmanuel Macron à la grande marche contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023.
Cette absence fut, à mes yeux, une erreur politique et symbolique majeure.
Face à la haine, les Français ont besoin d’une parole présidentielle forte, constante et sans ambiguïté. La République ne peut pas donner le sentiment de découvrir certaines formes de racisme tout en laissant s’estomper le souvenir d’autres tragédies.
La mémoire ne doit jamais être sélective.
ET LA GAUCHE DANS TOUT CELA ?
Que dire aujourd’hui du Parti socialiste d’Olivier Faure qui a fait alliance avec les memebres de LFI pour faire barrage non seulement au RN mais aussi aux candidats LR lors des Legislatives ?
Que dire de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et ses sbires qui ont reconnu que ce qui s’est passé le 7 Octobre n’était pas un pogrom mais un acte de résistance du Hamas contre l’entité Sioniste ?
Leurs prises de position, leurs déclarations et leurs ambiguïtés supposées face à certaines manifestations de l’antisémitisme suscitent une défiance profonde chez une partie de nos concitoyens juifs.
On peut discuter, débattre, contester cette analyse. C’est le principe même de la démocratie.
Mais on ne peut pas demander à une communauté meurtrie de faire abstraction de ce qu’elle a vécu, entendu et ressenti ces dernières années.
Et je m’interroge également sur ces responsables institutionnels qui prétendent régulièrement parler en notre nom.
Où sont-ils lorsque les familles ont peur ? Lorsque des parents hésitent à envoyer leurs enfants dans certains établissements ? Lorsque porter une kippa dans la rue devient, pour certains, une source d’inquiétude ?
Il est temps de sortir du déni.
MESSIEURS DE L’UEJF, VOUS N’AVEZ PAS LE MONOPOLE DE LA CONSCIENCE JUIVE !
Vous pensez peut-être mener un combat idéologique juste. C’est votre droit.
Mais ne confondez pas votre engagement militant avec la représentation de toute la jeunesse juive française.
Cette jeunesse est plurielle. Elle possède ses propres convictions, ses propres inquiétudes, ses propres aspirations.
Elle n’appartient à aucun parti, à aucune organisation et à aucun courant politique.
Votre association peut parler au nom de ses membres. Elle ne saurait prétendre parler au nom de tous.
Je refuse que quelques responsables associatifs s’arrogent le droit de distribuer des brevets de respectabilité politique à l’ensemble des Juifs de France.
Car le véritable enjeu dépasse aujourd’hui les querelles partisanes.
Il concerne notre sécurité, notre avenir, notre liberté de vivre pleinement notre identité juive dans notre propre pays, sans peur et sans avoir à nous justifier.
Nous n’avons pas besoin de porte-parole autoproclamés. Nous avons besoin de courage, de lucidité et d’une véritable unité face à l’antisémitisme.
Alors, messieurs les responsables de l’UEJF, défendez vos idées, manifestez si vous le souhaitez, engagez-vous dans le débat démocratique.
Mais faites-le en votre nom.
Pas au nom de tous les Juifs de France.
Car notre communauté n’est la propriété politique de personne.
Et elle entend bien le rester.
Alain SAYADA
Directeur de la Publication
Israël Actualités


